Polyphème — Marqueterie de verre Norbert Alali Artiste

Mythologie

Polyphème

Cette œuvre en marqueterie de verre réinterprète avec une force singulière la figure de Polifemo, telle qu’elle apparaît dans les fresques du Palazzo Te réalisées par Giulio Romano. Elle en transforme toutefois l’apparence en un jeu vibrant de fragments, d’éclats et de matières. Le Cyclope, géant amoureux et tourmenté, émerge ici recomposé en un mosaïque de pièces irrégulières, comme si son corps n’était plus une forme continue mais un assemblage de tensions et de fractures intérieures.

Le torse massif, taillé dans de larges plaques de verre aux tonalités chaudes — ocre, pêche, brun rosé — exprime à la fois la puissance physique du personnage et la fragmentation émotionnelle qui le traverse. Les lignes sombres qui cernent chaque élément accentuent l’anatomie, soulignant la torsion du buste, le gonflement des muscles, la tension nerveuse des bras. On y perçoit une corporéité rustique, élémentaire, fidèle à l’esprit maniériste, mais transposée dans un langage contemporain fait de ruptures et de lumière diffractée.

Le visage, incliné vers la droite, est particulièrement saisissant : composé de petits fragments triangulaires ou polygonaux, il forme un masque expressif où l’unique œil, légèrement oblique, semble scruter un point invisible hors du cadre. La barbe, rendue par des fragments vert sombre et ambre, confère au Cyclope une présence à la fois archaïque et presque végétale, comme s’il appartenait au paysage rocheux qui l’entoure. L’effet mosaïque renforce la dureté minérale de son être.

Dans sa main gauche, Polifemo tient une flûte de Pan, référence explicite au décor du Palazzo Te, où le géant apparaît comme un berger colossal, musicien maladroit et amant blessé. Ici, l’instrument est traité à travers de longues lamelles de verre jaune-vert, dont les nervures sont soulignées par les lignes noires du montage. Ce détail ancre l’œuvre dans sa filiation mythologique tout en lui conférant une texture presque architecturale.

La jambe droite du géant, fortement développée au premier plan, occupe une grande partie de la composition. Les fragments de verre qui la composent suivent le relief musculaire dans un réseau de lignes sinueuses, évoquant veines, fissures de la pierre ou nervures d’un arbre ancien. Cette ambivalence — corps humain et matière naturelle — constitue l’une des forces majeures de la pièce : Polifemo n’est pas seulement représenté, il semble sculpté dans un bloc primordial.

À l’arrière-plan, les tonalités froides et les découpes irrégulières suggèrent les roches de la grotte où vit le Cyclope, tandis qu’en bas à droite une étendue d’eau azurée rappelle son lien avec le monde marin de Galatée. Le contraste entre les couleurs chaudes du géant et les nuances de gris, violet et bleu du paysage crée une tension visuelle qui accentue sa solitude : Polifemo paraît prisonnier d’un environnement fragmenté, reflet de son amour non partagé.

L’ensemble compose une œuvre où mythe, matière et lumière dialoguent intensément. Le Polifemo du Palazzo Te, déjà empreint de souffrance et de désir, trouve ici une seconde vie : une figure fissurée, fragmentée, mais d’une expressivité saisissante. La marqueterie de verre transforme le géant en un être fait de strates et de fractures, comme si son cœur brisé affleurait à la surface de son corps.

Caractéristiques

Épaisseur du verre : 2 mm

Support : bois

Vernis : vernis incolore et peinture acrylique Lefranc Bourgeois

Colle : colle à bois

Date de référence : 1530

Dimensions
L 0,50 m × H 0,50 m
Année
2026
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