
La Chute des Géants
Cette œuvre monumentale en marqueterie de verre revisite l’un des épisodes emblématiques des fresques maniéristes de Giulio Romano au Palazzo Te, transposant la dramaturgie lumineuse du peintre dans un langage entièrement composé de fragments, de transparences et de vibrations minérales. Constituée de quatre panneaux verticaux, la pièce se déploie comme un récit continu, porté par un souffle narratif puissant.
Dans la partie supérieure, l’artiste recrée la grande ouverture circulaire, motif architectural typique de Romano, ici interprétée comme une mosaïque de verres sombres, bruns et dorés. Cette structure, presque mécanique, agit comme un vortex visuel autour duquel s’organisent figures et nuées. Les verres texturés, dans des tonalités de terre brûlée et d’ambre, accentuent l’impression d’un espace instable, en tension, où se mêlent effondrement et élévation.
Plus bas, l’œuvre saisit avec précision le tumulte des nuages et des masses rocheuses caractéristiques du cycle décoratif de la Chambre des Géants. Les formes semblent se disloquer et se recomposer, comme si la fresque originelle explosait en une multitude de fragments minéraux. Les teintes ocre, rosées et chocolat, associées à des veinures presque géologiques, confèrent à la scène une densité organique et terrestre.
Au cœur de cette agitation, les figures humaines émergent avec une délicatesse inattendue. Dans la zone médiane, une figure enveloppée d’un drapé jaune se détache, modelée par des fragments de verre translucide qui captent la lumière et restituent la grâce maniériste du geste. À droite, une figure ailée — peut-être un génie ou une divinité — se projette dans l’espace, les ailes déployées en longues lamelles jaune orangé qui évoquent la fluidité de la fresque tout en adoptant la rigueur et l’éclat de la matière vitreuse.
Dans la partie inférieure, les corps partiellement ensevelis, les membres tendus et les postures convulsives renvoient directement à l’effondrement mythique des géants, thème central de Giulio Romano. Ici, l’artiste transforme cette fureur tellurique en un réseau de tesselles de verre aux lignes sinueuses et à la palette intense, insufflant à la scène un mouvement interne presque sismique.
Dans son ensemble, l’œuvre présente un verre travaillé comme une matière picturale sculptée et lumineuse, capable d’exprimer simultanément la fragmentation du mythe, la majesté de la fresque originelle et la puissance expressive du maniérisme. En réinterprétant l’héritage du Palazzo Te, l’artiste crée une pièce d’une grande intensité, où le regard circule sans cesse entre la précision du détail, la profondeur du récit et la beauté brute des textures.
- Caractéristiques
Épaisseur du verre : 3 mm
Support : bois
Vernis : vernis incolore et peinture acrylique Lefranc Bourgeois
Colle : colle à bois
- Dimensions
- L 0,20 m × H 1,40 m × 4 panneaux
- Année
- 2026